de Tomas Alfredson
Avec : Gary Oldman, Colin Firth, Tom Hardy, John Hurt, Toby Jones, Mark Strong, Benedict Cumberbatch, Ciaran Hinds...
Histoire : 1973. La guerre froide empoisonne toujours les relations internationales. Les services secrets britanniques sont, comme ceux des autres pays, en alerte maximum. Suite à une mission
ratée en Hongrie, le patron du MI6 se retrouve sur la touche avec son fidèle lieutenant, George Smiley.
Pourtant, Smiley est bientôt secrètement réengagé sur l’injonction du gouvernement, qui craint que le service n’ait été infiltré par un agent double soviétique. Epaulé par le jeune agent Peter
Guillam, Smiley tente de débusquer la taupe, mais il est bientôt rattrapé par ses anciens liens avec un redoutable espion russe, Karla. Alors que l’identité de la taupe reste une énigme, Ricki
Tarr, un agent de terrain en mission d’infiltration en Turquie, tombe amoureux d’une femme mariée, Irina, qui prétend posséder des informations cruciales. Parallèlement, Smiley apprend que son
ancien chef a réduit la liste des suspects à cinq noms : l’ambitieux Percy Alleline, Bill Haydon, le charmeur, Roy Bland, qui jusqu’ici, a toujours fait preuve de loyauté, le très zélé Toby
Esterhase… et Smiley lui-même.
Avis : Nouvelle adaptation du roman de John Le Carré (pour éviter de dire remake ou adaptation télévisuelle du téléfilm de 1979 avec Alec Guiness) par Tomas Alfredson (qui lui a connu un remake de son film précédent : Morse), la Taupe nous narre les aventures de George Smiley, personnage adapté six fois à l'écran (le petit et le grand) en recherche de "la taupe". Dans une atmosphère de trahison constante, de putsch régulier et d'attentats, c'est un travail difficile. Difficile de prouver qui est qui dans l'histoire, car la suspicion est partout et les personnages ne sont pas dupes des rôles de chacun. Encore faut-il le prouver.
Tout dans le film d'Alfredson respire le froid, au-delà de l'ambiance seventies. Les bâtiments délabrés ou sobres, rarement éclairés, les personnages, mystérieux et dédaigneux, les extérieurs et le protagoniste principal, George Smiley, considéré comme un futur retraité, rappelé à la dernière minute pour trouver cette taupe... bien qu'il soit lui-même suspect. Nominé aux oscars pour le rôle, Gary Oldman est impeccable. Et bien que notre dujardin national nous a fait plaisir en remportant la statuette, Oldman aurait amplement mérité d'avoir le trophée entre les mains, tant il est impressionnant en Smiley. C'est simple, il est habité au point qu'on en oublierait le fantasque interprète de différents protagonistes déjantés.
En suivant le personnage de Smiley, solitaire, enquêteur mais tout aussi mystérieux et impénétrable que ceux qu'ils traquent (il se contente généralement d'écouter, sans jamais apporter sa vision de l'ensemble, sans jamais se dévoiler), sans famille et relégué en tant que retraité, Smiley marque de son emprunte l'enquête mais également l'ensemble du long-métrage, qui n'en devient plus qu'un vaste univers trouble et figé, dont on ressent un profond malaise. A la fois résigné mais poussé par une volonté de réussir (qui prendra son sens durant la scène finale), Smiley ne se dévoilera pas au spectateur mais va lui apporter les réponses qu'il attend, en apparence : lui apporter la taupe.
Mais cette taupe, autant à l'intérieur de l'histoire que dans la mise en scène, n'est qu'un appat pour afficher bien d'autres intentions. Car cette taupe va littéralement tout remuer et permettre à l'ordre établi d'évoluer encore afin de modifier les rôles entre les forts et les faibles. Entre les faux-semblants et les évidences, Smiley, en silence et avec un flegme presque incompréhensible (il semble constamment distant mais se lance pourtant à corps perdu envers et contre tous) abat un à un les châteaux de cartes. Tomas Alfredson donne l'impression de suivre, lui aussi avec calme, les pérégrinations de son protagoniste, refusant tout effet sensationnel, comme en témoigne la longue introduction (qui peut paraître un peu lente).
Démystifiant sans vergogne tous ses personnages lancés sur un grand échiquier où tout le monde croit avoir un tour d'avance, Smiley devient l'ami, le confident de tous, l'homme de confiance, par défaut, parce qu'il n'est finalement plus rien, il est presque inoffensif. Le casting autour de Oldman est de bonne qualité (on notera Colin Firth, tout droit sorti du discours d'un roi ou Tom Hardy que l'on retrouvera dans The Dark Knight Rises) mais personne n'arrivera à atteindre un tel niveau de magnétisme que George Smiley, ce personnage qui semble omnipotent, à la fois le plus sympathique, mais pourtant le moins compréhensible. Contrairement aux autres protagonistes, plus caricaturaux (un homme poussé par l'amour, les autres en quête de pouvoir...), George Smiley devient progressivement, dans son entêtement, dans son envie et surtout dans sa capacité à prendre en main le "renversement" d'un pouvoir, le principal intérêt.
Et, lorsque le générique final s'amorce avec, excusez du peu, le live d'une reprise de Charles Trenet "La Mer" par Julio Iglesias (qui semblerait sortir d'un mauvais karaoké... je m'excuse auprès des fans), Tomas Alfredson n'aura eu de cesse de démonter tous les rouages d'une montée au pouvoir dans un système quasiment féodal... qui donnerait presque l'impression de ressembler à plein d'autres. Ici, dans ce film d'espionnage, nulle fusillade ou quelconque code du genre pour donner un peu de "divertissement" à l'ensemble. Simplement une histoire, à l'ancienne, contée avec talent et respect, admirablement interprétée (le film vaut la peine ne serait-ce que pour le jeu de Gary Oldman, réellement bluffant) et qui renoue littéralement avec une époque, sans fioriture, ni effets. Probablement l'un des plus grands films de l'année.
La bande annonce :
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