Vendredi 4 décembre 2009 5 04 /12 /Déc /2009 22:49
Dans la série petites nouvelles décalées (l'antre des enfers en fait partie), voici comment réussir sa dépression, petite nouvelle humoristique, basée sur la capacité de l'être à s'enterrer lui-même. Après avoir établi tous les éléments, je me rends compte que je n'ai pas mon pareil pour me saper le moral, mais la nouvelle a eu l'effet de thérapie.  Donc, si vous souhaitez finir seul dans une cave humide, alcoolique, sans ambition, sans vie sociale, je vous conseille de lire cette prodigieuse nouvelle sur la dépression. Bonne lecture !!  (en la relisant, j'ai réussi à me foutre le cafard... Arf !)


REUSSIR SA DEPRESSION

 

 

Comment réussir une bonne dépression ? Comment partir d'un point de départ A (un état normal), arriver à un point de départ B (la dépression susnommée) et ne jamais remonter au point A, quoi qu'il arrive. Pour assurer dès le début une certaine continuité et homogénéité dans ma quête, je commencerai par renommer B par Z, pour démontrer ainsi que A est le summum et Z le fond.

 

Minimiser ses réussites :

 

Tout ce que vous entreprenez, lorsque vous réussissez (quand c'est rarement le cas) devient une source de soutien, de réconfort. Toujours tenter de minimiser ses réussites, en les considérant comme inutiles, vaines, éphémères, grotesques. La meilleure solution reste de comparer ses réussites avec ses nombreux échecs (par exemple, si vous obtenez un examen en cinq fois, comme le permis de conduite, rappelez-vous que vous avez échoué à quatre reprises), mais surtout de les comparer avec les « autres » (rappelez-vous que vous avez échoué à quatre reprises là où certains ont réussi en une seule fois, sans se fouler : surtout penser que ce fut facile pour les autres). En effet, vous trouverez toujours meilleur ailleurs, il sera d'autant plus aisé de se rabaisser utilement. Ainsi, rien ne doit satisfaire, jamais. Vous réussissez un concours ? Ils étaient cent à y arriver avec vous, de plus, si ça se trouve, il ne vous apportera rien dans le monde du travail. Vous venez de vous acheter une voiture neuve ? Super, il existe 25 modèles au dessus du votre. Tout l'intérêt est de réduire l'intérêt à néant, donc votre moteur.

 

Accentuer ses échecs :

 

Quand je parle d'échecs, je parle de tout type d'échec. Gardez toute la journée, dans votre esprit dans votre tête, que vous n'avez pas réussi à faire marcher la machine à laver, que vous n'avez pas effectué un créneau correct en vous garant sur un parking, que vous n'avez pas réussi à éblouir la gente dame en face de vous, que votre directeur vous a fait une remontrance... Tout doit être retourné vers vous et alimenter constamment l'idée de l'échec, l'idée de votre nullité en toute circonstance. Vous pouvez pousser l'idée très loin et à toute sorte de détail : votre manière de parler à l'un de vos amis (trop fort, trop convenu, trop hypocrite, trop geignard, pas assez dosé, pas naturel, non conforme à vous-même) et d'un point de vue général votre manière de vous comporter avec des gens en communauté (si une personne vous regarde bizarrement, c'est forcément que vous êtes bête-moche-ridicule-mal habillé-inintéressant-mal coiffé-insignifiant). Bien entendu, revenir sur les échecs du passé est un atout indispensable pour réussir à ne jamais agir dans les cas de figure qui se représentent. N'hésitez pas à les noter dans un classeur et à les relire une fois de temps en temps en ajoutant quelques anecdotes en plus. Si vous avez eu un entretien d'embauche malheureux, vous vous le remémorez, avec ses détails les plus gênants, et vous partirez ainsi avec l'assurance d'une boule au ventre, d'une impression de vide, et d'une certitude de tout rater dans les grandes largeurs. L'exemple marche également lorsque vous souhaitez vous mettre en couple : se rappeler que votre vie amoureuse ne fut qu'un désert peuplé de d'oasis desséchés est un très bon moyen de devenir autiste et/ou maladroit... Souvenez-vous de ces histoires ratées, qui ne duraient jamais plus de quelques mois, quand elle ne s'arrêtait pas au bout de dix jours, parce que la personne en face de vous avait clairement vu votre potentiel. Souvenez-vous que c'est en apprenant à vous connaître que les gens ont eu envie de vous quitter, de vous haïr, de vous mépriser. Cela accentuera vos peurs quant à vos relations sociales.

 

Se sentir seul au monde :

 

Voilà un détail important, car les deux points du dessus et les autres n'auraient pas autant d'importance (ils n'agiraient pas aussi sournoisement sur le long terme), si vous ne vous sentez pas seul, abandonnés de tous. Car, si vous avez un vrai confident, à qui vous osez tout dire, de vos grands tracas à vos futilités les plus infimes, la pilule passera. Mais, si vous considérez que vous n'avez aucune personne à qui vous pouvez faire confiance, que vous devez garder tous vos malheurs pour vous, que personne ne s'intéresse à vous et ne sourcillerait pas à vous savoir mort, alors, l'effet est garanti. Surtout, travaillez là-dessus. Un ami ne vous appelle pas pendant deux jours : il ne vous aime pas, il vous cracherait dessus si il vous voyait. Vous vous sentez très mal dans votre peau, vous aimeriez vous soulager du poids de la vie ? Surtout, n'appelez personne. Si aucun de vos soi-disant amis ne fait pas sonner votre superbe téléphone portable équipé d'un frigo et d'un détecteur de pépites d'or, c'est qu'il ne vous connait, donc qu'il ne vous aime pas, donc qu'il n'est pas un ami. De toute manière, comme nous l'avons remarqué au dessus, lorsque les gens apprennent à vous connaître vraiment (lorsque votre carapace ridicule saute), ils préfèrent s'éloigner de vous, donc, de toutes les manières, que cela vienne de vous ou d'un autre, vous êtes voués à vivre seul.

 

Refuser que l'on vous aime :

 

Important, car se sentir aimé, c'est revenir sur le droit chemin, c'est remonter la pente, c'est passer au dessus de la ligne de flottaison. Cela est de toute façon impossible. Si la personne éprouve un certain attachement pour vous, rassurez-vous en vous disant que cela est éphémère, que la personne changera sûrement d'avis et qu'elle est trompée par ses propres fantasmes vous concernant. De toute évidence, vous ne pouvez pas correspondre à la gentille personne qu'elle décrit actuellement, réfutez en bloc et commencez votre travail de sape en démontrant par A + Z que vous êtes certainement la dernière personne à aimer après les psychopathes de tout poil. Oui, convainquez tout le monde que vous êtes le dernier des derniers, et, le plus important, il faut vous convaincre aussi. Si vous êtes seul, c'est qu'il y a forcément une raison. Et la faute vient de vous, de ce que vous êtes. Si certains êtres qui vous semblent détestables réussissent à créer un cocon social et pas vous, c'est que vous êtes pire. Ne prenez jamais un bon mot ou un sourire très longtemps pour acquis, au contraire. Les gens sont versatiles et peuvent vous détester du jour au lendemain. C'est ainsi. Surtout, s'isoler le plus possible, refuser de partager avec les autres (cela ne les intéresse pas), ne pas se mettre à nu (vous n'êtes pas intéressant), tout le monde sur cette planète mérite plus d'amour que vous. Vous êtes seul, dans un appartement triste, sans ami, sans personne, seul, face aux problèmes.

 

Croire que tout le monde vous veut du mal :

 

A l'inverse, il est essentiel de penser que tout le monde veut ou vous voudra du mal un jour ou l'autre. Et bien entendu, lorsque vous serez passé dans cette catégorie de victime, vous n'en sortirez jamais. L'amour est éphémère, mais le conflit dure toujours. Même si les gens insistent pour vous dire que les contentieux sont réglés, sachez qu'ils garderont de la rancœur et réutiliseront ce qu'ils savent sur vous contre vous. La moindre anecdote, la moindre situation où vous avez été faible, stupide, maladroit, pas à votre avantage, sera consigné dans les carnets de chacun et ressorti devant vous, ou dans votre dos. Vous êtes fichés, comme au FBI. Lorsque les gens rigolent, font des messes basses, ou critiquent de manière virulente, c'est forcément sur vous que le couperet tombe, même si ces personnes ne vous connaissent pas. C'est obligatoire ! Vous avez tellement de défauts voyants qu'il est inutile de se cacher, vous allez passer au scanner, être humilié, repartir lessivé, en morceau, ou compressé par la machine à reproches. Si les gens se défendent de penser du mal de vous, ne les croyez pas.

 

Se comparer à soi dans le passé :

 

Un autre élément, parfois laissé de côté par les experts du domaine, c'est la façon de se regarder soi, dans le passé, de manière fantasmée, comme si, quelque soit votre âge (18, 20, 25, 30, 45, 50), vous aviez raté votre vie. Dites-vous que c'est inéluctable, en regardant derrière vous, vous avez bien entendu constaté que vous n'avez mis aucun atout à profit et du coup, maintenant, vous êtes un parfait raté. C'est gravé dans la roche. Souvenez-vous, vous gagniez tous les trophées en sport, vous aviez de bonnes notes, vous étiez apprécié, vous aviez une vie sociale intense, rien ne pouvait vous atteindre, vous étiez au firmament. Mais, depuis plusieurs années déjà, vous êtes dans la pente et vous ne cessez de glisser. Votre période de gloire est révolue, bienvenue en enfer, un enfer qui sera bien plus long que votre paradis passé. Ancien vous = bon, vous maintenant = raté. Mais comment faisait-il pour être aussi fort ?

 

Croire en sa laideur :

 

Dans une société d'apparence, il est important de croire en un physique repoussant pour accentuer sa chute. Surtout, ne jamais croire les dires de votre entourage (réduit). Si votre mère et votre père vous complimentent, comme pour le reste, c'est bien entendu parce qu'ils sont vos parents, et qu'ils ne souhaitent pas vous froisser. Idem pour vos quelques amis, qui n'hésitent pourtant pas à faire des remarques sur votre coiffure, votre visage et vos habits, ce qui confirme bien votre laideur. Lorsque vous sortez, vous pouvez constater que les gens se détournent de vous, ne vous regardent pas avec envie comme c'est le cas d'autres hommes/femmes, ne prennent même pas la peine de vous détailler. C'est un premier exemple. Si vous étiez beau, vous attireriez l'attention, hors rien ne viendra perturber tous ceux que vous rencontrer, quand il ne s'agit pas de mépris poli. La méthode de constatation s'applique également en soirée, lorsque les personnes de sexe opposé choisissent vos amis pour s'ébattre dans la soie lorsqu'elles vous adressent à peine un « bonjour » en regardant ailleurs. Ne croyez pas en la timidité des autres ou bien à la provocation, si vous n'éblouissez pas l'assistance de votre beauté, ou tout simplement une personne, c'est tout bêtement que vous n'en êtes pas pourvu. C'est triste, mais il faut faire avec. Ne cherchez surtout pas à vous embellir, à moins de chercher par tous les moyens que vous êtes effectivement repoussant, et ce quelque soit votre déguisement. Rasez les murs et faites-vous tout petit, c'est bien le mieux que vous pussiez faire.

 

Croire en sa stupidité : Vous ne travaillez pas à la NASA, vous n'avez pas fait de grandes études (contrairement à d'autres de vos camarades qui excellaient), vous n'avez rien inventé, vous n'avez aucune preuve tangible d'une quelconque intelligence, vous êtes donc stupide. Ne cherchez pas plus loin que cela. Souvenez-vous de ces discussions dans lesquelles vous n'aviez pas brillé, utilisant des phrases toutes faites, des avis à l'emporte-pièce, à défaut de connaître votre sujet. Souvenez-vous lorsque vous vous trouviez au milieu d'un groupe et que vous ne compreniez à ce qui se déroulait devant vos yeux, de ces cours impossibles à saisir pour vous, mais limpides pour les autres. Si vous en êtes arrivés là (dans une situation banale), c'est bien que vous subissez la torture d'un cerveau trop lent.

 

Penser à la mort : Tout le monde meurt un jour, c'est le point d'arrivée, quoi qu'il advienne. C'est inutile de lutter ou de chercher à s'en détourner. Vous aurez beau partir loin, gravir des montagnes, réussir des miracles, profiter de votre vie, la mort est votre chute. Il semble bien inutile de mener une barque sans chercher à la faire tomber dès maintenant. Il ne vous reste plus qu'à attendre patiemment, sans jamais rien construire, c'est un conseil.

 

Vivre avec ses défauts : Les défauts sont reconnaissables chez chacun d'entre nous, en règle général. Cependant, vous, vous les possédez tous, à intervalle régulier, ainsi, il vous est impossible d'apparaître comme un être normal, agréable à vivre. Hypocrite, menteur, mégalomane, maladroit, colérique, avare, asociale et j'en passe. Bien entendu, vous pouvez, pour vous convaincre, vous rappeler de ces moments privilégiés où vous avez pu montrer toute l'étendue de vos défauts. Ainsi, il semble très difficile de se retrouver au niveau d'un être humain normal avec toutes ces tares. Apprenez l'humilité, ne vous faites plus remarquer, préférez les soirées en solitaire pour éviter d'éclabousser un entourage trop généreux avec vous de votre attitude générale désagréable. Si les gens ne vous en parlent pas, c'est à cause de l'évidence de votre caractère, il leur est inutile d'en rajouter à votre état avancé (puisque vous êtes extrêmement susceptible, vous l'êtes d'ailleurs tellement que personne ne peut rien vous dire sans risquer de déchaîner votre fureur).

 

Se comparer aux autres : N'hésitez pas à comparer la réussite d'amis, de stars, de gens en général, à votre ratage total. Ils se sont mariés, ont eu des enfants, ont une maison, un bon travail, sont comblés sur tous les points, ont évolués au fur et à mesure pour atteindre tous ces objectifs. Vous, rien. Vous êtes restés à quai. Vos histoires de couple durent aussi longtemps qu'une journée ensoleillée au mois de novembre, vous ne risquez pas d'avoir d'enfant ou de vous marier (tentez déjà de tenir une relation plus d'un mois), vous ne possédez par l'argent nécessaire pour construire une maison, vous n'avez pas de travail ou bien ce dernier est inintéressant ou figé, votre évolution se fait comme une bicyclette devant des motos qui filent à vive allure. Ainsi, les années avancent, les gens aussi, vous non. Vous vous réjouissez de quelques pseudos réussites quand d'autres construisent. Les bonnes nouvelles sont le lot quotidien des autres, ils ne vous laissent que les restes. Vous avez plusieurs trains de retard, quand ils fondent un foyer, vous venez à peine de trouver un travail, quand ils deviennent directeur, vous venez à peine de passer votre permis de conduire.

 

Se convaincre que l'on ne peut évoluer : Vous êtes resté bloqué à votre adolescence, au bac à sable, vous n'évoluez jamais, que ce soit au niveau sentimental, dans votre travail, dans vos relations avec les gens, dans votre vie. Comme dénoncé au dessus, les autres changent, bougent, deviennent. Vous, il est certain que vous ne pourrez jamais rien espérer de mieux qu'une nouvelle coupe de cheveu ou un bleu sur votre avant-bras pour justifier d'un quelconque changement. Il ne vous reste plus qu'à vous lamenter sur le passé, comme un vieil homme du troisième âge, puisque le futur ne vous a pas pris en compte. Effectuer un parcours professionnel, scolaire ou tout autre est interdit, puisqu'il est logique que vous allez vous arrêter prématurément, bien conscient que ce n'est pas pour vous. Vous le sentez au fond de vous que vous ne devez pas faire partie de l'élite, mais bien des statistiques négatives, des rebuts, des incapables.

 

Toujours viser des objectifs irréalisables : Vous êtes maçon de formation, tentez de devenir ingénieur chimiste. Vous n'avez pas d'argent ? Tentez d'acquérir un château dans les terres. Alors, bien entendu, résumé comme cela, ces idées peuvent prêter à sourire. Mais imaginez-vous tenter de convaincre une banque de vous accorder un crédit pour la construction d'une maison, alors que vous êtes au SMIC avec d'autres emprunts, qu'il faille remplir des dossier, avoir des co-emprunteurs fiables, revenir constamment avec de nouvelles pièces, établir des devis partout, recalculer les frais afin de les réduire, paniquer pour que la construction soit prête à date précise, vivre dans une caravane en attendant, compter vos moindres sous, le stress, les problèmes inutiles... Vous voyez, avec tous ces éléments, je peux vous convaincre que l'aventure vaut la peine car elle vous causera des torts à la pelle. Idem pour la reconversion dans le travail, quand elle est radicale, puisque tout le monde vous convaincra d'abandonner, les institutions sociales également, en bref, tout vous confinera à votre poste de départ, vous faisant comprendre que ce sera celui de la fin. Effrayant, non ? Le pire, c'est que la crise, alibi hors compétition, vous dictera d'agir contre votre volonté propre. Donnez-vous la chance d'aller vers des objectifs impossibles à atteindre, de ressentir votre dépression, non pas sur une petite durée, comme une semaine ou deux (facile), mais bien sur une voire plusieurs années, à intervalle régulier, avec des pics (illusoires) de mieux pour des rechutes de meilleure qualité. Tout l'intérêt est là. Vous essaierez par tous les moyens de vous raccrocher à des bonheurs éphémères, qui ne vous arracheront malheureusement pas à votre enfer, construit de vos propres mains, pierre par pierre. N'hésitez pas, dans ce genre de cas, à allier cette déchéance qui s'insinuera en vous, dans votre chair, dans votre cœur, votre corps, vos habitudes et vos relations avec les autres, plus simples, mais qui finiront une tâche bien entamée. Conseil : Profitez pour tout plaquer et reprendre une vie instable, faite de lendemains incertains et de peur de tous les instants.

 

 

Chercher à obtenir l'amour de quelqu'un qui ne souhaite pas vous en donner : Convoitez une femme qui ne vous convient pas, espérez très fort, même si cette dernière ne veut pas de vous. Si vous pouvez exprimer des sentiments et les garder pour vous, ce n'en est que meilleur afin de ne jamais obtenir ce que vous voulez et passer des nuits en solitaire à pleurer ses lèvres absentes, ses bras qui ne voudront jamais vous entourer. Focalisez-vous sur des détails qui peuvent vous faire espérer (prendre sa demande de sel à table pour un échange complice, prendre une blague salace pour une invitation à venir dans son lit, prendre un clin d'œil ou une discussion pour une déclaration d'amour). Toujours alimenter votre délire au fil des rencontres, penser dur comme fer que cela va arriver, même lorsque vos « amis » vous disent qu'elle n'est pas intéressée. Si la chance doit vous sourire, c'est avec elle... Ou jamais. Et c'est là tout l'important. Vous savez pertinemment qu'elle vous prend pour un brave garçon mais préférerait copuler avec un porc qu'avec vous... Mais, vous ne pouvez vous permettre de vivre un bonheur, quel qu'il soit. Alors, petit à petit, vous réussissez à vous contenter de cette relation fantasmée, basé sur quelques rencontres, quelques mots, sans grande importance, mais qui vous permet d'alimenter chaque jour votre déchéance future. Il est inutile de préciser que cette gentille femme ne peut apprécier une personne telle que vous. Il ne vous reste plus qu'à souffrir en silence, la rejoindre dans vos rêves bien vite évanouis, et la voir chaque jour aller de bras en bras, sans jamais passer par les votre. Ne vous laissez pas attendrir par ses paroles qui tenteraient de minimiser la situation. Vous êtes un sous-homme, vous ne méritez ni l'amour, ni l'attention, ni la tendresse, ni l'admiration d'une femme.

 

Gardez vos problèmes pour vous : Un tracas, un souci ? Et vous voulez en parler ? Halte-là malheureux, vous allez passer vers l'une des plus subtiles dépression qui soit, celle qui vous fait demander pourquoi vous êtes déprimés et vous fait rentrer dans cette si douce spirale, celle qui, comme les objectifs impossibles, s'insinue en vous au fur et à mesure de l'arrivée des problèmes. Car oui, dire que réparer votre voiture alors que vous n'avez pas d'argent ou que Ludivine que vous aimez ne vous aime pas en retour aide à avancer. Et c'est bien là le problème. Pourquoi éteindre le brasier à peine allumé, alors qu'on peut le faire grandir avec des branches de plus en plus grande, avant d'arriver avec des troncs d'arbres. Ce serait un gâchis. Si votre problème d'argent reste tel quel, que vous tentez de le nier, tout en contraignant le cœur en vivant votre romance en solitaire, vous accumulez. Ajoutez à cela des relations sociales qui se dégraderont (vous serez de moins en moins heureux en société), une impression de solitude intense, un besoin d'amour immodéré qui ne sera jamais comblé, du stress, de la paranoïa, et certainement d'autres désagréables surprises dans la vie pour obtenir la vrai, la seule, l'unique dépression, celle dont on ne sort que difficilement. Surtout abusez du sourire forcé pour rassurer votre entourage, réservez vos errements et états d'âme pour vous, ressassez, usez de réconfortants peu recommandables et réveillez-vous le lendemain plus mal que la veille.

 

Croire que les évènements extérieurs sont ciblés sur vous : Croire que tout événement arrive par hasard est une erreur. Votre voiture démarre mal, votre collègue de travail vous a adressé un regard suspect, votre ami n'a pas répondu dans les temps à votre message, la télévision sautait durant votre film, il n'y avait plus de café à la machine ce matin, les places de parking étaient prises au supermarché, une autre amie ne vous a pas répondu parce qu'elle était soi-disant à l'hôpital... Tout est lié ! Il semblait logique ce jour-là que votre voiture avait mal démarré pour vous empêcher d'arriver, sachant qu'à la base, votre réveil ne vous avait pas réveillé correctement à cause d'une sonnerie trop faible. Et là, tout s'enchaîne. Votre collègue de travail, dans la combine, sait que vous êtes fébrile, en vous adressant ce regard sans justification, il vous plonge dans le désarroi, ne sachant pas que penser de cette attaque frontale cachée derrière une pseudo-fatigue. Alors, espérant trouver du réconfort, vous envoyez un message à un vieil ami et un autre à une copine pour passer la soirée. Mais, au bout de quinze minutes, personne n'a encore répondu. Hasard, coïncidence ? Non . Chacun a très bien lu votre message, mais veut vous nuire, alors ils cherchent le meilleur bobard pour vous embobiner et mentir. Revenu le midi chez vous, sans nouvelle des deux, vous appelez... Toujours aucune réponse. Vous êtes fatigués, sur les nerfs, d'autant que le stagiaire avait apparemment oublié de remettre du café dans la machine ce matin. Il a omis ce passage tout simplement parce qu'il savait que vous seriez le dernier sur la machine, en comptant les tasses (et leur contenance), il savait pertinemment que vous vous retrouveriez avec la cafetière vide, après le passage de tout le monde. Personne n'a pensé à vous, ce n'est plus le stagiaire, mais toute l'entreprise qui vous en veut, ainsi vous comprenez mieux le regard de votre collègue quelques heures auparavant. Bien entendu, au moment du repas, il manque du beurre et du sel. Pourtant, vous étiez persuadés d'avoir encore de quoi faire quelques plats... Le doute n'est plus permis à présent, vous êtes surveillés, il ne vous reste plus qu'à aller au supermarché. Arrivé là-bas, vous constatez que le calvaire continue, toutes les places sont prises hormis une, étroite, à côté d'un pylône. Chaque personne a choisi volontairement les endroits que vous convoitiez d'habitude. Rentré chez vous, vous n'avez plus le temps de faire un repas normal, vous mangez grossièrement, la larme à l'œil. L'après-midi est un cauchemar, vos collègues prétendent vouloir prendre de vos nouvelles en vous demandant comment vous allez, juste pour constater votre déchéance. Au bout de deux heures, ils vous laissent tranquille et ne se préoccupent plus du tout de vous : vous n'existez plus. Quand vous arrivez, les gens se taisent et tout le monde vous regarde d'un air étrange. Personne n'a répondu sur votre téléphone portable, vous rentrez chez vous, abandonné de tous. Vous pouvez enfin faire votre repas, seulement il faut encore laver des couverts et une assiette : la série noire continue. A bout de force, mais conscient de devoir vous battre, vous envoyez des sms assassins à vos deux anciens amis après la réponse de l'un d'eux : l'air enjoué de son message trahissait allégrement sa joie de vous savoir au fond du trou. Pour l'ancienne hôtesse de votre soirée, elle se défend en prétendant avoir eu un accident de voiture, avoir une jambe dans le plâtre et être à l'hôpital. C'est la goutte d'eau. Pourquoi ne pense-t-elle qu'à elle, surtout après la journée que vous avez passé ? Parfois, les gens se montrent détestables...

Conclusion : Ainsi s'achève notre cours de dépression, avec quelques ficelles pour réussir dans les meilleures conditions. Je suis conscient qu'il en existe encore beaucoup d'autres, mais ceci n'était qu'une intronisation dans le monde de la dépression, je laisse le plaisir aux lecteurs d'en découvrir eux-mêmes les joies, ce nectar divin du mal-être. Ce qui fait la force de votre dépression, c'est vous !

Par Ange Ripouteau - Publié dans : Ecrits
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